Vers une Afrique sans frontières

Article : Vers une Afrique sans frontières
Crédit: Andrino AKUDA
6 mars 2025

Vers une Afrique sans frontières

Move Africa affiche illustration par Andrino AKUDA

Rêver d’un continent libre

Depuis des siècles, les africains ont toujours voyagé, échangé et collaboré au-delà des frontières actuelles. Pourtant, les divisions héritées de la colonisation continuent d’entraver la libre circulation des personnes et des biens. L’initiative #MoveAfrica (Africa No Borders campaign) vise à mettre en lumière des récits puissants de mobilité intra-africaine, explorant comment la migration, le tourisme et la collaboration transfrontalière peuvent contribuer à une Afrique plus unie et prospère. Nous allons voir l’impact depuis la ratification par les pays membres de l’Union africaine (U.A.) de la zone de libre- échange continentale africaine (ZLECAf), en particulier dans la sous-région des Grands Lacs.

Cet article plonge dans les histoires inspirantes de ceux qui traversent le continent, les défis qu’ils rencontrent et les opportunités que représente une Afrique sans frontières.

La mobilité en Afrique : une réalité ancienne, un défi moderne.

Historiquement, les Africains ont toujours été en mouvement, que ce soit pour le commerce, l’éducation, l’art ou la quête de nouvelles opportunités. Les caravanes transsahariennes, les routes marchandes swahilies et les royaumes interconnectés montrent que l’Afrique a toujours été un espace d’échanges dynamiques.

Mais depuis le début de la colonisation jusqu’aujourd’hui, les obstacles administratifs, économiques et politiques compliquent encore ces déplacements, et cela depuis que l’Afrique fut partagée comme un gâteau à la conférence de Berlin.

La Conférence de Berlin (1884-1885) est un événement historique majeur qui a profondément marqué l’histoire de l’Afrique. Organisée par le chancelier allemand Otto von Bismarck, cette conférence avait pour objectif officiel de réguler la colonisation européenne en Afrique et d’éviter les conflits entre puissances européennes. En réalité, elle a entraîné un partage du continent entre ces puissances sans tenir compte des réalités culturelles, ethniques et économiques des populations africaines. La Conférence de Berlin a été un tournant qui a façonné l’Afrique moderne de manière artificielle et souvent préjudiciable. Bien que les États africains aient retrouvé leur souveraineté, ils doivent encore surmonter les barrières héritées du colonialisme pour bâtir une véritable intégration continentale. L’initiative Move Africa (Africa No Borders) s’inscrit dans cette dynamique en mettant en avant des récits qui favorisent une Afrique sans frontières, unie et prospère.

Carte de l’Afrique des pays colonisateurs selon le partage de la Conférence de Berlin

Des obstacles persistants à la libre circulation

  • Visas restrictifs entre pays africains : malgré les initiatives régionales, de nombreux africains doivent encore obtenir des visas compliqués pour visiter des pays voisins.
  • Coûts de transport élevés : il est souvent plus cher de voyager entre deux pays africains qu’entre une capitale africaine et une ville européenne.
  • Formalités douanières lourdes : les taxes et restrictions entravent les échanges commerciaux intra-africains.

Malgré ces difficultés, de nombreux Africains bravent ces barrières et réinventent chaque jour une mobilité plus fluide et plus naturelle.

Histoires inspirantes d’Africains en mouvement.

  • Un étudiant congolais au Burundi : l’éducation sans frontières

Nelson, originaire de Kalemie, vit et étudie au Burundi depuis plus de six ans. Il nous raconte son expérience :

« Je ne peux pas dire que je vis mal ici, mais malgré tout, je suis toujours considéré comme un étranger. Ici, il existe le système de Musako, qui permet de vérifier qui est en ordre administrativement au sein de toutes les entités. Nous avons des cahiers de ménage signés par presque toutes les autorités compétentes de la commune, jusqu’à l’avenue. Après les études, il est très difficile de trouver un emploi ici. C’est pourquoi je me suis lancé dans les affaires : j’achète des produits (vivres et non-vivres) au Burundi et je les envoie au Congo, soit à Uvira, soit à Bukavu, soit à Kalemie, soit à Goma, où se trouvent mes clients potentiels. Au début, faire passer les marchandises à la frontière était compliqué. Il fallait payer des frais de douane sans véritable base légale, juste une tarification orale, et je devais m’y conformer, même pour des marchandises déclarables. Un autre obstacle était la différence de systèmes entre le Burundi et le Congo (par exemple, l’OHADA est en vigueur au Congo, mais pas ici).

L’Afrique a besoin d’un système éducatif intégré, où un étudiant peut poursuivre ses études partout sans obstacles et bénéficier des opportunités du pays dans lequel il a étudié, sans discrimination. »

  • Une entrepreneure congolaise à Bujumbura : dépasser les frontières économiques

Julia, Congolaise et originaire de la ville de Goma, a ouvert un salon de manucure et pédicure a Bujumbura, dans la capitale du Burundi, après avoir constaté un marché florissant dans ce domaine avec une forte demande :

« Les clients burundais et les résidents au Burundi adorent nos designs sur leurs doigts ainsi que l’ensemble de notre travail. Il est vrai qu’il y a une barrière linguistique avec certaines clientes. C’est pourquoi nous avons pris la décision d’employer certains jeunes Burundais spécialisés dans ce domaine afin de diversifier notre clientèle. Mon salon fonctionne sous la forme d’une activité commerciale pour éviter les contraintes liées à l’ouverture d’une entreprise au Burundi en tant qu’étrangère. Mes outils proviennent soit de l’Ouganda, soit de la Tanzanie. Ces derniers jours, c’est principalement la Tanzanie qui me fournit du matériel innovant pour mon salon. Je reçois souvent des appels du Congo, notamment des villes d’Uvira et de Bukavu. Goma, plus rarement, mais je compte y installer d’autres succursales dans ces villes précitées.

Lorsque je traverse la frontière, je n’ai pas beaucoup de soucis personnels. La seule contrainte est que la frontière ferme au plus tard à 17 h 30, ce qui ne permet pas toujours de terminer le travail à Uvira, par exemple. Si la frontière était ouverte 24 h/24, cela nous permettrait de mieux développer notre activité dans les villes environnantes du Congo. Si nous avions la frontière ouverte 24 h/24, nos affaires prospéreraient très bien. J’aimerais demander aux autorités concernées et compétentes pour la mise en œuvre de la circulation libre des biens et aussi pour une frontière H24. »

  • L’art comme langage universel.

Les festivals organisés au Burundi, en RDC (Bukavu et Goma) et au Rwanda réunissent chaque année des artistes de toute l’Afrique en général, et de la sous-région des Grands Lacs en particulier. Après plusieurs échanges téléphoniques avec des organisateurs de festivals dans cette région, nous avons tiré une conclusion :

« Nous accueillons des artistes du Rwanda, de la RDC, du Burundi et même d’Afrique de l’Ouest. Pourtant, certains doivent lutter pour obtenir un visa, tandis que d’autres passent énormément de temps à s’expliquer à l’entrée d’un pays, alors qu’ils possèdent leurs titres de voyage. L’art n’a pas de frontières, alors pourquoi en imposer aux artistes ? »

Rappelons tout de même que, parmi les pays ayant mis en œuvre la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) après sa ratification, le Rwanda fait partie des quatre premiers à permettre à tous les Africains d’y entrer sans visa.

Construire une Afrique sans frontières : opportunités et solutions

  • La ZLECAf : une nouvelle ère pour l’Afrique
Logo ZLECAf

Lancée en 2021, la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) vise à :

  • Réduire les barrières douanières.
  • Accroître le commerce intra-africain.
  • Faciliter la libre circulation des entrepreneurs et des travailleurs.

Si elle est pleinement mise en œuvre, cette initiative pourrait transformer l’Afrique en un des plus grands marchés intégrés au monde.

  • Le passeport africain, appel à l’action des médias et de la culture

Nous souhaiterions que l’Union africaine travaille sur un passeport unique qui permettrait aux Africains de voyager librement à travers le continent. Certains pays, comme le Rwanda et le Ghana, ont déjà supprimé les visas pour les Africains. Pourquoi les autres ne pourront-ils pas emboîter le pas?

Les films, la musique et les plateformes de narration joueront un rôle clé pour changer la perception de la migration intra-africaine. Il ne s’agit pas seulement de mouvements économiques, mais aussi d’un échange culturel et humain essentiel.

Rejoignez le mouvement #MoveAfrica avec les hashtags #MoveAfrica, #AUMigration, #FreeMovement, #PositiveMigration, #AFRICANDiversity et #AUFMP et partagez vos expériences !

Un rêve possible, une réalité en construction

Une Afrique sans frontières n’est pas qu’une utopie. C’est une nécessité pour la croissance, la paix et l’unité du continent. Les histoires d’étudiants, d’entrepreneurs et d’artistes montrent que les Africains sont déjà en mouvement, malgré les défis.

L’avenir repose sur des politiques visionnaires, des initiatives audacieuses et une prise de conscience collective. Il est temps de réimaginer une Afrique où voyager de Dakar à Gaborone, de Kinshasa à Tunis, serait aussi simple que se déplacer dans un même pays.

« Ce travail a été rendu possible grâce au soutien d’Africa No Filter, un projet sponsorisé par Rockefeller Philanthropy Advisors, avec un financement fourni par la GIZ au nom du gouvernement de la République fédérale d’Allemagne. »

Partagez